Journée internationale de l'alphabétisationChaque année, le 8 septembre, on célèbre La Journée internationale de l'alphabétisation. Son objectif est de souligner l'importance de l'alphabétisation auprès des citoyens, des collectivités et des associations. |
Lauréat du Prix de la francophonie en alphabétisation 2003
En 2003, le Prix de la francophonie en alphabétisation a été décerné à monsieur Gilles Vaudry du Québec.
La FCAF vous livre le texte qu’il a produit dans le cadre de ce concours pancanadien.
Mon cheminement grâce à l'alpha
Mon nom est Gilles Vaudry, j’ai 56 ans et je n’ai pas eu la chance de m’instruire dans ma jeunesse. Ça n’a pas été facile de retourner aux études. Je ne savais pratiquement rien faire. Je ne savais même pas écrire le nom de mon fils. Un jour, j’ai pris la décision de m’inscrire en alphabétisation car ma vie n’avait plus de sens. Ne pas savoir lire et écrire pour moi, c’était rester dans l’isolement, c’était un handicap, c’était toujours me cacher derrière mon ignorance. C’est pour sortir de l’isolement et donner un sens à ma vie que je suis allé frapper à la porte de la Maison des mots.
Aujourd’hui je peux lire des histoires et ce qui est merveilleux, c’est que je peux lire sur l’histoire de mon pays. Je peux exprimer mes sentiments par l’écriture. Je suis heureux de pouvoir écrire mes pensées. J’ai aussi lu un procès-verbal devant une trentaine de personnes lors d’une Assemblée générale à la Maison des mots. Je peux envoyer des souhaits de Noël à ceux que j’aime. Enfin je peux me débrouiller.
Je me sentais si différent des autres. C’était très souffrant. J’avais tellement accumulé de sentiments non exprimés. Savoir lire et écrire m’a un peu sauvé la vie. Enfin, je me sens comme les autres, ma vie a maintenant du sens. Mais il a fallu aussi que j’apprenne à devenir plus autonome.
Grâce à l’alphabétisation, je sais faire des chèques. J’ai organisé une vente de garage et j’ai fait des reçus. Je fais du bénévolat depuis 6 ans. J’ai aidé des personnes handicapées à faire de la menuiserie. J’ai même aidé dans mon atelier une personne analphabète en lui montrant son alphabet. Je sais comment placer des annonces dans le journal du quartier. Je peux aussi faire des recherches à la bibliothèque. C’est tellement valorisant pour moi de pouvoir faire tout cela sans toujours avoir à demander à quelqu’un qui le fasse à ma place.
J’ai appris à lire et à écrire en même temps que mon neveu. Nous nous sommes encouragés tous les deux. Aujourd’hui même mon fils a le goût de retourner aux études. Mon attrait a été significatif pour lui. Il m’a fallu beaucoup de courage pour aller frapper à la porte de la Maison des mots. Je me sentais tellement ignorant, je me pensais seul avec mon problème.
Je suis veuf depuis trois ans et il me faut être encore plus autonome. Avant je demandais toujours à ma femme qu’elle écrive à ma place. Je prenais les moyens faciles.
Je me suis trouvé un loyer, j’ai lu mon bail avant de le signer. Je paie mes comptes, je prends l’autobus sans dépendre de personne. Savoir lire et écrire me permet de mieux m’exprimer. Je peux écrire tout ce que je ressens sans me sentir jugé.J’ai trouvé une liberté dans les mots. Je rêvais d’être une personne instruite. Je suis sur le bon chemin. Je vois un bel avenir devant moi. Je me vois entouré de personnes intéressantes. Je sais qu’avec les mots, je peux me débrouiller dans la vie. Je peux dire de belles choses et je désire continuer à apprendre et à partager ce que j’ai reçu.
Merci à tous ceux et celles qui viennent en aide aux personnes analphabètes.
Gilles VaudrySainte-Thérèse (Québec)

