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En entrevue, Madame Monique Sénéchal
explique cette conclusion de recherche étonnante et un peu
décevante.
Madame Monique
Sénéchal est professeure de psychologie à l'Université Carleton
et membre du réseau canadien de recherche en langage et
littératie.
FCAF :
Madame Sénéchal, à la demande du National Center for Family
Literacy, vous avez fait une recherche portant sur le résultat
de l'engagement des parents sur l'apprentissage de la lecture
chez les enfants de maternelle à la 3e année. Quel était
l'objectif précis de cette recherche?
M.S. : Les intervenants auprès des jeunes enfants
croient, avec raison, que les parents peuvent aider leurs
enfants à apprendre à lire. La recherche avait pour but de
démontrer quel est le type d'intervention de la part des parents
qui peut davantage favoriser cet apprentissage.
FCAF : Comment avez-vous procédé et qu'avez-vous
découvert?
M.S. : Nous avons combiné les résultats de seize
interventions qui ont touché 1 535 familles. Le premier
résultat était très évident : l'intervention du parent a un
effet positif sur l'apprentissage de la lecture de son enfant.
L'étude a porté sur trois types d'intervention qui ont des
effets différents. Par exemple : encourager les parents à
écouter lire leur enfant n'a que peu d'effet sur l'apprentissage
de la lecture. Entraîner les parents à écouter lire leur enfant
est plus efficace. Entraîner les parents à apprendre à leur
enfant comment lire est le type d'intervention qui influence le
plus l'apprentissage de la lecture.
FCAF : Rassurez-nous et dites-nous que ce que nous avons
transmis aux parents jusqu'à maintenant a quand même été utile.
M. S. : Absolument, rien n'est perdu. Mettre des livres à
la portée des jeunes enfants, lire des histoires ou lire des
images avec eux, utiliser tout ce que le quotidien peut fournir
comme occasion d'apprivoiser l'écrit, sont autant
d'interventions valables. L'enfant peut ainsi enrichir son
vocabulaire et s'exprimer, meubler son imaginaire, développer sa
curiosité, créer des liens avec le livre, développer sa mémoire
visuelle et plus encore. Ces interventions sont essentielles.
Toutefois, notre recherche a démontré que ce n'est pas suffisant
pour influencer véritablement l'apprentissage de la lecture dans
son aspect mécanique, le décodage. Celui-ci étant indispensable
à la compréhension.
FCAF : Votre recherche suggère donc d'entraîner les
parents à devenir véritablement le premier professeur de leur
enfant. C'est un énorme défi.
M. S. : Oui, en effet. Sept des seize interventions
étudiées étaient basées sur cette approche. Par exemple, des
parents participants se sont entraînés à enseigner l'alphabet à
leur enfant ou à leur montrer comment lire des mots. Ou encore,
ils ont appris à utiliser divers exercices ou jeux de mots pour
montrer à l'enfant à associer sons et lettres ou à apprendre de
nouveaux mots. Le défi pour les intervenants est d'encourager
les parents à introduire ce genre d'activités à même leur
quotidien. Par exemple, un parent pourrait de temps à l'autre
nommer le nom et le son des lettres lors de la lecture de livres
familiers.
FCAF : Est-ce que votre recherche a signalé une
différence de résultat dans l'engagement des parents attribuable
à leur condition socio-économique?
M. S. : Non, le résultat est le même peu importe la
condition. D'ailleurs, il n'y a aucune différence entre le
résultat de l'engagement parental auprès d'enfants retardés ou à
risque et les groupes d'enfants qui avaient un niveau normal de
capacité de lecture.
FCAF : D'après vous, comment un résultat comme celui-ci
devrait-il influencer les pratiques en alphabétisation
familiale?
M.S. : En premier lieu, il s'agit de rendre les résultats
de ces recherches accessibles à un plus grand nombre possible
d'intervenants. Je crois que votre bulletin virtuel fera une
petite part de ce travail. Les intervenants qui prendront
connaissance de la recherche devront se donner un lieu et un
temps de réflexion et d'échange. À l'avenir, leurs interventions
en alphabétisation familiale devront tenir compte de ces
résultats. Ils devront se préoccuper davantage du type
d'intervention qu'ils recommanderont aux parents, modifier leurs
objectifs en conséquence, inventer et créer eux aussi de
nouvelles interventions pour et avec les parents. Le défi sera
de taille surtout pour les intervenants qui travaillent auprès
de parents faibles lecteurs.
FCAF : À la lumière de ces résultats, quelle direction
prendra votre travail de recherche?
M. S. : Il faut maintenant aller dans une autre
direction. Maintenant que nous savons que lire des histoires ne
suffit pas ou qu'être familier avec l'écrit environnemental ne
prédit pas la capacité de décoder d'un enfant à la fin de la
1ère année, il devient très important de savoir comment
procèdent réellement les parents. Quel type d'intervention les
parents font-ils? Interviennent-ils de façon continue?
Lisent-ils à leurs enfants et que lisent-ils? Où puisent-ils
leurs modèles d'intervention? Et surtout quels sont les effets
de ces interventions sur l'apprentissage de la mécanique de la
lecture chez les jeunes enfants?
FCAF : Comment les intervenants en alphabétisation
familiale peuvent-ils avoir accès
à votre rapport de recherche? Est-il publié en français?
M. S. : Pour le moment, le rapport n'est pas traduit en
français. Il sera bientôt disponible sur le site Internet de
l'Université Carleton :
www.carleton.ca/~msenecha
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