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Édition mars 2004

Lire aux enfants n'est peut-être pas le meilleur moyen pour les aider à apprendre à lire.
 

En entrevue, Madame Monique Sénéchal explique cette conclusion de recherche étonnante et un peu décevante.

Madame Monique Sénéchal est professeure de psychologie à l'Université Carleton et membre du réseau canadien de recherche en langage et littératie.

FCAF : Madame Sénéchal, à la demande du National Center for Family Literacy, vous avez fait une recherche portant sur le résultat de l'engagement des parents sur l'apprentissage de la lecture chez les enfants de maternelle à la 3e année. Quel était l'objectif précis de cette recherche?

M.S. : Les intervenants auprès des jeunes enfants croient, avec raison, que les parents peuvent aider leurs enfants à apprendre à lire. La recherche avait pour but de démontrer quel est le type d'intervention de la part des parents qui peut davantage favoriser cet apprentissage.

FCAF : Comment avez-vous procédé et qu'avez-vous découvert?

M.S. : Nous avons combiné les résultats de seize interventions qui ont touché 1 535 familles.  Le premier résultat était très évident : l'intervention du parent a un effet positif sur l'apprentissage de la lecture de son enfant. L'étude a porté sur trois types d'intervention qui ont des effets différents. Par exemple : encourager les parents à écouter lire leur enfant n'a que peu d'effet sur l'apprentissage de la lecture. Entraîner les parents à écouter lire leur enfant est plus efficace. Entraîner les parents à apprendre à leur enfant comment lire est le type d'intervention qui influence le plus l'apprentissage de la lecture.

FCAF : Rassurez-nous et dites-nous que ce que nous avons transmis aux parents jusqu'à maintenant a quand même été utile.

M. S. : Absolument, rien n'est perdu. Mettre des livres à la portée des jeunes enfants, lire des histoires ou lire des images avec eux, utiliser tout ce que le quotidien peut fournir comme occasion d'apprivoiser l'écrit, sont autant d'interventions valables. L'enfant peut ainsi enrichir son vocabulaire et s'exprimer, meubler son imaginaire, développer sa curiosité, créer des liens avec le livre, développer sa mémoire visuelle et plus encore. Ces interventions sont essentielles. Toutefois, notre recherche a démontré que ce n'est pas suffisant pour influencer véritablement l'apprentissage de la lecture dans son aspect mécanique, le décodage. Celui-ci étant indispensable à la compréhension.

FCAF : Votre recherche suggère donc d'entraîner les parents à devenir véritablement le premier professeur de leur enfant. C'est un énorme défi.

M. S. : Oui, en effet. Sept des seize interventions étudiées étaient basées sur cette approche. Par exemple, des parents participants se sont entraînés à enseigner l'alphabet à leur enfant ou à leur montrer comment lire des mots. Ou encore, ils ont appris à utiliser divers exercices ou jeux de mots pour montrer à l'enfant à associer sons et lettres ou à apprendre de nouveaux mots. Le défi pour les intervenants est d'encourager les parents à introduire ce genre d'activités à même leur quotidien. Par exemple, un parent pourrait de temps à l'autre nommer le nom et le son des lettres lors de la lecture de livres familiers.

FCAF : Est-ce que votre recherche a signalé une différence de résultat dans l'engagement des parents attribuable à leur condition socio-économique?

M. S. : Non, le résultat est le même peu importe la condition. D'ailleurs, il n'y a aucune différence entre le résultat de l'engagement parental auprès d'enfants retardés ou à risque et les groupes d'enfants qui avaient un niveau normal de capacité de lecture.

FCAF : D'après vous, comment un résultat comme celui-ci devrait-il influencer les pratiques en alphabétisation familiale?

M.S. : En premier lieu, il s'agit de rendre les résultats de ces recherches accessibles à un plus grand nombre possible d'intervenants. Je crois que votre bulletin virtuel fera une petite part de ce travail. Les intervenants qui prendront connaissance de la recherche devront se donner un lieu et un temps de réflexion et d'échange. À l'avenir, leurs interventions en alphabétisation familiale devront tenir compte de ces résultats. Ils devront se préoccuper davantage du type d'intervention qu'ils recommanderont aux parents, modifier leurs objectifs en conséquence, inventer et créer eux aussi de nouvelles interventions pour et avec les parents. Le défi sera de taille surtout pour les intervenants qui travaillent auprès de parents faibles lecteurs.

FCAF : À la lumière de ces résultats, quelle direction prendra votre travail de recherche?

M. S. : Il faut maintenant aller dans une autre direction. Maintenant que nous savons que lire des histoires ne suffit pas ou qu'être familier avec l'écrit environnemental ne prédit pas la capacité de décoder d'un enfant à la fin de la 1ère année, il devient très important de savoir comment procèdent réellement les parents. Quel type d'intervention les parents font-ils? Interviennent-ils de façon continue? Lisent-ils à leurs enfants et que lisent-ils? Où puisent-ils leurs modèles d'intervention? Et surtout quels sont les effets de ces interventions sur l'apprentissage de la mécanique de la lecture chez les jeunes enfants?

FCAF : Comment les intervenants en alphabétisation familiale peuvent-ils avoir accès
à votre rapport de recherche? Est-il publié en français?

M. S. : Pour le moment, le rapport n'est pas traduit en français. Il sera bientôt disponible sur le site Internet de l'Université Carleton : www.carleton.ca/~msenecha
 

 

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